Rebeyne!

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« Estans nouvelles tailles et gabelles introduites, le peuple de Lyon s’en leva en armes, et y eust grande rebeine et désordre qui fut l’an mil quatre cent trente six aux festes de Pentecote » écrit Guillaume Paradin, plus d’un siècle plus tard (1573). Mais ce sont des écrits de Claude Bellièvre publiés en 1956 qui ont permis à Fédou de compléter l’étude de la Rebeyne.

A l’origine de la révolte il y a d’abord le lourd passé accumulé par la guerre bourguignonne : ravitaillement difficile et « chierté des vivres », arrêt des échanges et chômage, poids croissant de la fiscalité royale, « changemens » des monnaies. L’irritation populaire est renforcée pour plusieurs raisons. Alors que le sénéchal Imbert de Grôlée était très apprécié des Lyonnais, son successeur, très rude avec les bourgeois, est rejeté par tous. N’ose-t-il pas également spéculer sur les blés quand la disette menace, ce qui accroît les prix ! Le Consulat de son côté, pour mieux résister aux exigences des représentants du roi en les intimidant, a pris l’habitude d’assembler « tout le peuple aux Cordeliers« . Qui sème le vent récolte la tempête ! En décembre 1435, trois commissaires durent faire retraite à Anse pour sauver leur vie. Enfin la paix d’Arras (21 septembre 1435) mettant fin à la guerre bourguignonne n’apporte pas la sécurité. Comme après 1348 des bandes de routiers opèrent pour leur propre compte. « Le Lyonnais devint un repaire d’écorcheurs.« 

Or, bien que le commerce soit paralysé, les exigences du fisc royal grandissent : augmentation des tailles, rétablissement des aides ou gabelles que les Lyonnais peuvent convertir en une nouvelle taille qu’on commence à lever au dernier trimestre de 1435. En février 1436, le roi Charles VII ordonne un emprunt de 2 000 livres tournois. Les députés de Lyon négocient fermement mais en vain. En juin il faut payer tailles et gabelles. Si les premières frappent ceux qui ont vingt livres tournois de « vaillant« , les autres touchent tout le monde et sont détestées par les pauvres, « ceux qui n’ont rien que le corps “.

La Rebeyne dure deux mois (début avril-6 juin 1436) et comprend trois crises de en plus graves. En avril lors du rétablissement des aides ou gabelles, le Consulat a laissé faire un « effroi » pour impressionner les commissaires royaux. Notables et maîtres des métiers sont convoqués le vendredi 9 avril, mais le peuple exige une assemblée de « tout le monde » qui se déroule l’après-midi aux Cordeliers. De là on se porte au palais de Roanne où, craignant une émeute, le lieutenant du bailli donne des délais pour payer, A Saint-Nizier, sont élus des « ambassadeurs chargés de plaider la cause devers le roy. »

La ville retrouve le calme pendant plus d’un mois. L’agitation ne reprend que le « la semeyne avant la Penthecostes ». D’abord le Consulat commet une grosse faute : il n’envoie pas les « ambassadeurs » auprès du roi, mais un commissaire royal (Symon Charles) y va seul. Deuxième facteur d’agitation : la ville ne pouvant payer la levée d’une nouvelle taille, les consuls convoquent une assemblée. Le peuple venu en nombre accepte, mais il faut d’abord que les mauvais riches paient. Entre le 20 et le 25 mai, des hôtels particuliers sont pillés en commençant par la maison de Jean Paterin, jurisconsulte qui était mourant.

C’est à ce moment là (le vendredi 25 mai avant la Pentecôte) que le commissaire royal revient et annonce le refus du roi. Le Consulat convoque les citoyens à Saint-Jean. Le peuple manifeste « à Roanne » si fort que plusieurs notables ayant très grand peur de « commocion » s’enfuient. Dans l’après-midi un fait nouveau se produit : pour la première fois le peuple s’assemble aux Cordeliers, de sa propre autorité .Le 26 mai comme le 25, les émeutiers affirment que l’ « on ne souffreroit point que les gabelles courissent« . Puis l’agitation s’arrête. Attend-t-on une réponse ?

Troisième étape, la plus violente : le 2, 4 et 6 juin (« les trois glorieuses » de la Rebeyne, dit René Fédou). Le dimanche 3 juin (Trinité) les meneurs annoncent l’abolition des gabelles à Lyon. Le procureur de la Commune (Rolin) conduit devant Saint-Jacquême, et accusé d’avoir caché la nouvelle, faillit être assassiné. Il est sauvé par deux notables. « L’effroi » reprend l’après-midi et la foule envahi le quartier du Royaume puis revient à Saint-Nizier où le consul Jean de Chaponnay lui donne à « boyre une cue de vin, qui fut cause de la resfroider« . Cela permet aux consuls d’organiser une résistance militaire. Mais « après le souper » l’émeute se porte à nouveau sur « le Royaume“. La Rebeyne s’essouffle en oubliant l’un de ses objectifs, la suppression des gabelles. Cependant l’Assemblée du 6 juin se termine par un pardon mutuel de « toutes offenses ». Lyon qui avait espéré obtenir la clémence royale et avait dès juin envoyé des « lettres d’excusation » à Charles VII subit la répression. Tous les chefs de la Rebeyne sont incarcérés, trois habitants décapités, cent cinquante bannis ; enfin un eut le poing coupé.

L’émeute de 1436 présente de fortes différences avec les précédentes colères de Lyon. Elle mobilise beaucoup de monde. Les troupes les plus nombreuses sont formées par les mendiants, les ruraux chassés de la campagne par les guerres féodales, les petits métiers (affaneurs, valets, compagnons et apprentis). Les meneurs sont fournis par les « gens de métiers », les artisans ou chefs d’ateliers avec en tête les bouchers suivis des «  cuiteliers » et barbiers puis des cordonniers, couturiers et tisserands ainsi que les taverniers et même pêcheurs. La Rebeyne s’en prend aux représentants de l’autorité, aux agents du fisc, aux riches mauvais contribuables et à tous ceux qui s’étaient enrichis par des prêts à taux élevés.

Source : Les colères de Lyon

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