« Pour acheter plus ! » Acheter quoi ?

« Pour acheter plus ! » Acheter quoi ?

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Beaucoup d’honnêtes gens, légitimement excédés par le culte du parasitisme social et par une générosité étatique totalement dévoyée, ont été enthousiasmés par la prétendue « réhabilitation du travail en tant que valeur » claironné par l’ex-candidat Sarkozy-qui, il est vrai na jamais ménagé ses efforts pour assurer sa propre promotion.
Le petit homme de Neuilly (temple du labeur comme chacun sait!) n’a en effet pas lésiné sur les moyens pour revêtir la tunique du héros de « la France qui se lève tôt », répétant comme une incantation le mot travail à peu près toutes les deux phrases dans chacun de ses discours, entre une citation de Blum et une évocation de Péguy- en démocratie, il faut ratisser large…
Un candidat qui, enfin !, parlait de travail sans tordre le nez ou être taxer de pétainisme, la chose était si nouvelle et si étonnante que presque personne ne s’est alors soucié de savoir de quel « travail » et de quelle « valeur » il s’agissait.
Car si en effet le travail est une valeur fondamentale quand il est le moyen de construire, nourrir et éduquer une famille, d’améliorer son savoir, de progresser dans la maîtrise d’un métier ou la production de biens utiles à la communauté, on peut en revanche avoir les plus grandes réticences quant à son culte lorsqu’il devient sa propre finalité n’ayant d’autre justification que le désir névrotico-hédoniste d’accumulation.

« Travaillez plus ! » Pourquoi ? « Pour gagner plus ! » Pourquoi ? « Pour acheter plus ! » Acheter quoi ? « On s’en fiche ! N’importe quoi. Des écrans plasma ou des voyages au Kenya, peu importe. Acheter des inutilités hors de prix et la considération sociale qui va avec. »
Voilà la base idéologique du nouveau pouvoir.
Pourtant, rien à admirer ni même à respecter chez ces petits soldats du capital, esclaves volontaires du tertiaire déifié, qui ne s’intéressent au politique, et donc au collectif, qu’à la condition que celui-ci s’engage à leur donner plus de « liberté » dans l’accomplissement de leur égoïsme matérialiste.
Une mère de famille qui sacrifie la perspective d’un week-end « sympa et festif » pour s’occuper de ses enfants ; un professeur qui double son temps de travail par des cours de soutien bénévoles et des activités associatives ; un paysan œuvrant dans son champ de l’aube à la tombée de la nuit pour assurer la survie de son exploitation familiale ; l’ouvrier qui chaque jour, derrière sa chaîne de montage, craint que les actionnaires floridiens de son entreprise relèvent leurs exigences de rentabilité ; un commerçant ou un artisan qui s’évertue à perpétuer un service et une qualité que tout le « réalisme économique » l’incite à jeter à la poubelle… voilà les véritables saints et héros du travail !
Mais lorsqu’une société ne se trouve plus comme étendard ou figure de martyr que le cadre commercial ou le consultant parvenu passant 60 heures par semaines au bureau pour atteindre, quel qu’en soit le coût moral ou social, des « objectifs chiffrés » qui ne bénéficient qu’à quelques fortunes apatrides et à lui-même au travers l’achat d’une voiture plus luxueuse ou du dernier gadget technologique, c’est que celle-ci à sacrifié son âme pour s’engager sur la voie d’une réification sans retour.
Quoi qu’en disent les nouveaux riches à gourmettes de l’UMP, lorsque le travail se résume à « gagner du pognon », il n’est plus une valeur.
Sarkozy président, ce n’est pas la victoire du travail sur l’assistanat mais le triomphe du vendeur de téléphones portables sur l’homme qui ne veut pas se définir uniquement en fonction de son compte en banque.

Pierre CHATOV, rédacteur en chef d’ID magazine, Juillet 2007

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