Peuples d’Europe : Les Daces

Peuples d’Europe : Les Daces

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Chaque semaine Rebeyne! vous emmènera à la découverte d’un peuple d’Europe déjà disparu ou toujours existant. Aujourd’hui : les Daces.

[...] La Roumanie a vu s’épanouir de nombreuses civilisations premières sur notre sol européen. On peut citer celle du Boian au néolithique. La culture Boian est connue sur le territoire de la Roumanie en Valachie jusqu’à la vallée de la Jiu à l’ouest, en Dobrogea, au sud ouest de la Moldavie et au sud est de la Transylvanie. Au long de son évolution, qui a connu quatre phases, elle va s’étendre vers le sud jusque sur les rives de la Mer Egée. En Bulgarie, elle est connue sous le nom de Marica. Une importante civilisation s’est développée à l’âge du bronze.

La Roumanie est une matrice de cultures pré-européennes puis européennes.

Mais quand on pense aux Roumains anciens, on pense surtout aux Daces. Les Grecs les appelait les Gètes un peuple très proche des Thraces qui cohabitait dans l’espace roumain d aujourd’hui avec des Cimmériens, des Scythes et avec des Grecs. Les Daces faisaient donc partie de la grande famille des Thraces et leur civilisation semble avoir des racines dans des présences beaucoup plus anciennes, 5000 ans avant J.C. Les Daces occupent un territoire entre Carpates et Danube et la mer Noire. Ils sont organisés en tribus dés le IIème millénaire avant notre ère et ils sont cités dans les récits d’Hérodote. La Dacie était également peuplée par les Sarmates, les Scythes, et les Bastarnes. On relève quelques peuplements celtes, et probablement un certain nombre de colons grecs et commerçants romains. Les ennemis des Daces sont les Romains et parfois certains Celtes. Leurs alliés sont les Thraces et les Grecs, jusqu’à la conquête de la Grèce par l’Empire romain.

dacie7A l’origine, ils vivent dans des huttes de bois regroupées en villages entourés d’une palissade, puis, à une époque tardive, ils construisent des forteresses et des tours coniques en pierre. Leurs principales activités sont l’agriculture et l’élevage. Les chevaux sont surtout utilisés comme animaux de trait. Des mines d’or et d’argent sont exploitées dans l’actuelle Transylvanie. Les richesses des Daces sont constituées de très importantes réserves d’or, de sel et de céréales. L’organisation sociale des Daces est complexe. La population dace est divisée en deux classes : une aristocratie (tarabostes) et un prolétariat (comati). Seuls les aristocrates ont le droit de se couvrir la tête, et portent un chapeau de feutre (ainsi tarabostesei = pileati) ; ils forment la classe privilégiée. Les autres (soldats, paysans, artisans…) portent les cheveux longs (capillati). Les Daces ont une stratégie militaire avec des points de défense séparés des lieux de vie. La construction des points de défense profite au maximum des caractéristiques physico-géographiques de la région. Les structures militaires sont le résultat de l’union des tribus en cas de danger. Elles peuvent se focaliser sur un seul objectif, comme la construction d’un ensemble de défense. Pour la première fois, on peut parler d’une armée dace vers le IVe ou IIIe siècle, sous Dromihete, avec toutes les institutions d’un État.

qzaOn retrouve deux types d’armes : armes de lutte à distance et armes de lutte au corps à corps. La cavalerie a un rôle de harcèlement, pour essayer d’attirer l’ennemi, lui tendre des pièges, et le mettre en position défavorable. Les Daces n’utilisent pas de techniques massives avec des unités rigides et nombreuses.
Pour les luttes au corps à corps, les Daces préfèrent porter une arme spécifique, la sica, ornée des symboles sacrés. Cette arme est ensuite utilisée par une partie des gladiateurs à Rome, appelés thraces par les Romains.

Mais avant Rome les daces avaient leur structure leur art et leur religion très particulière et passionnante. Les Daces ont atteint un très haut niveau de spiritualité quand les Romains apprennent leur existence. Ils croient en l’immortalité de l’âme et dans un dieu suprême et sans nom, malgré la présence de quelques divinités. On sait qu’ils faisaient aussi la distinction entre les choses de la terre et les choses de l’esprit. Aussi, les Daces étaient tristes lorsque quelqu’un naissait, et ils étaient les plus heureux du monde quand ils allaient à la mort au combat. Après la mort, ils se rapprochaient tous de Zalmoxis, le dieu suprême assimilé à un prophète.

Le récit issu de la tradition est incroyable.

Un homme voyage dans le monde entier, spécialement en Égypte, entre 1800 et 1200 avant JC, probablement. Après avoir appris beaucoup de choses à l’étranger, il arrive en Dacie pour la première fois, et il dit aux Daces qu’il y a une vie après la mort, mais les Daces ne l’ont pas cru. Puis, il va vivre dans les montagnes sacrées (Kakaionon ou kaka), trois ans dans une cave, et il revient, et les gens qui se disaient qu’il était mort le voient vivant. Ils croient alors que ce qu’il disait est vrai, et ils croient qu’il parle directement au nom du dieu suprême qui n’a pas de nom. Voila qui est tout de même troublant quand on compare avec la vie du Christ par exemple. Selon un bruit, les Daces donnaient à toute personne qui pouvait parler à ce dieu le même nom, Zalmoxis, « celui qui est arrivé à la libération finale » un Bouddha cette fois ?

Les autres dieux sont plutôt des divinités liées à la vie matérielle, terrestre, et ils ne jouent aucun rôle après la mort.

Un simple homme est donc considéré comme plus grand que toutes les divinités. Max Müller introduit le mot d’hénothéisme (Henotheism), pour signifier « croire en un dieu unique, mais accepter la présence d’autres divinités ». L’hindouisme, le judaïsme avant Babylone, et même quelque forme de christianisme sont hénothèistes. Le judaïsme moderne et le christianisme qui croit que le même dieu se présente sous trois formes, père, fils et saint esprit, sont, par contre, monothéistes.

Ainsi pensaient les Daces qui avaient leur Zarathoustra. L’expansion de la Dacie sous le règne de l’unificateur des tribus Burebista va vite se heurter aux frontières de l’empire romain. Les légions sont repoussées au delà du Danube.

la colonna Trianna, un monument situé à Rome qui rapelle la victoire des légions.

qscRome transforme alors la Messie sur le territoire de l’actuelle Bulgarie en zone tampon. Les Daces vont envahir la messie et se heurter à l’empire. Le roi Décébale, après quelques succès, doit reconnaître la suzeraineté sur son royaume de Rome. Mais les hostilités reprennent très vite sous Trajan avec deux guerres des Daces. L’empereur fait ériger colonne triomphale qui rappelle ses victoires et reste un vestige unique avec le trophée d’Auguste à la Turbie dans les Alpes-Maritimes. Décébale le conquérant devient un résistant à la Vercingétorix. Vaincu il se réfugie avec ses fidèles dans les montagnes de Transylvanie ou plutôt que de se rendre ou d’être arrêté il se donne la mort. Un véritable héros européen.

La Dacie devient une province de l’empire romain. Elle porte alors le nom de Dacie heureuse. Elle était sous l’autorité d’un légat de rang prétorien. La legio XIII Gemina, avec de nombreuses troupes auxiliaires, avait ses quartiers dans la province.En 129, sous Hadrien, la Dacie fut partagée en Dacie supérieure et Dacie inférieure, la première comprenant la région actuelle de Transylvanie, la seconde la région actuelle de la petite Valachie ou Olténie. Peu de temps après une troisième province fut intégrée. Seule la Dacie supérieure possédait une légion, elle était donc dirigée par un sénateur avec le rang de légat impérial. La Dacie inférieure et la Dacie porolissensis étaient gouvernées chacune par un chevalier portant le titre de procurateur, leur garnison ne comptait que des troupes auxiliaires.

Le règne de Marc Aurèle amena une importante réforme administrative. Les trois provinces furent réunies sous la direction d’un légat de rang consulaire, cette nouvelle province étant nommée province des Trois Dacies. (tres Daciæ) Des forts furent construits pour résister aux révoltes de la population, aux attaques des tribus Carpes et plus tard contre les populations barbares. Trois grandes routes militaires furent construites pour unir les principales villes, tandis qu’une quatrième, nommée en hommage à Trajan, traversait les Carpates et pénétrait en Transylvanie.

Les « Daces libres », qui se donnaient eux-mêmes le nom de Carpes (d’où le nom de Carpates) vivaient en dehors de la province romaine, sur les territoires au nord et à l’est de l’actuelle Moldavie, mais aussi au nord des Carpates, où ils avaient le nom de « Costoboces », et dans l’ouest de la Transylvanie, sous le nom de « grands Daces ». Les invasions, encouragées par les Daces libres, qui apparaissent sur un fond d’insurrections dans la province de Dacie romaine sont la raison principale de la retraite d’Aurélien. C’est la première grande province perdue par l’Empire Romain à un moment où il était encore assez puissant. Cependant, la perte ne fut pas officiellement admise : le terme utilisé était que la province entière avait été déplacée au Sud du Danube.

Quelques historiens prennent à la lettre ce déplacement, et considèrent que les régions au nord du Danube sont restées faiblement habitées pendant une période allant jusqu’à 600. Mais pour la plupart des historiens, les Daces romanisés sont quand même et probablement les ancêtres des Roumains actuels.

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Visage de Décébale, roi de la Dacie tué par les Romains au IIe siècle après J.C.

Plus tard, après 256, les alliés des tribus daces restantes sont les Goths dans une « fédération de peuples barbares ». Les Goths sont les derniers à s’être alliés mais n’étaient qu’une minorité de ces peuples appelés dans les sources historiques « envahisseurs goths ». Ces envahisseurs englobaient surtout des peuples aussi divers que des Scythes/Sarmates, Daces/Gètes/Carpes ainsi que des Vénèthes du Dniepr (ancêtres des Slaves de nos jours (ces derniers, qui peuplaient une grande partie de l’Europe, étaient pratiquement inconnus des Romains avant ces invasions). Cette confusion entre Goths et les autres ennemis des Romains en Europe occidentale fait que les premières études historiques avaient tendance à mélanger Goths et Gètes, croyant qu’il s’agissait du même peuple (avant que l’on découvre l’origine germanique des Goths). On évoque aussi des alliances tardives avec les Huns vers le IIIe siècle (Zosimus, IV 34).

L’histoire de la Roumanie va recommencer avec celle de la Valachie déjà évoquée ici. Nos peuples ont des mémoires croisées mais des identités fortes.

Par Pierre LAMBERT pour LES IDENTITAIRES

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