Notre bravoure !

Notre bravoure !

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Il n’est rien de plus exquis que la bravoure virile. Le sang gicle dans les veines en flammèches divines alors qu’on vole au combat par-dessus terres foulées, à fort cliquetis de harnois, pénétré de sa propre audace. Le pas de charge disperse au vent comme feuilles d’automne toutes les valeurs de ce monde. Aux faîtes de la personnalité, on éprouve le respect de soi-même. Que peut-il être de plus sacré que l’homme combattant ? Un dieu ? Parce qu’il nous faut nous briser sur sa toute puissance comme sur une sphère polie ? Ah, toujours les mouvements les plus nobles du cœur l’ont porté vers le faible, vers l’homme seul qui persistait à brandir l’épée de son poing déjà froid pour une botte ultime. Notre rire lui-même ne trahit-il pas l’émotion, lorsque des bêtes minuscules prétendent nous tenir tête, que nous pourrions écraser d’un seul coup d’index ?

Bravoure est le vent qui pousse aux côtes lointaines, la clef de tous les trésors, le marteau qui forge les grands empires, l’écu sans quoi nulle civilisation ne tient. Bravoure est la mise en jeux de sa propore personne jusqu’au conséquences d’acier, l’élan de l’idée contre la matière, sans égard à ce qui peut s’ensuivre. Bravoure de l’homme seul est de se faire mettre en croix pour la cause, bravoure est de professer encore et toujours, au dernier soubresaut nerveux, au dernier souffle qui s’éteint, l’idée qu’on a soutenue jusqu’à la mort. Le diable emporte les temps qui veulent nous ravir la bravoure et les hommes !

Ernst Jünger – La guerre comme expérience intérieur

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