Lettre d’un poilus

Lettre d’un poilus

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La ponctuation et la syntaxe sont restranscris ici telles qu’elles se trouvent dans la lettre.

Comme vingt quatre autre poilus injustement accusés d’avoir reculé devant l’ennemi, Jean Blanchard a été jugé et fusillé avec cinq de ses camarades, à Vingré le 4 décembre 1914. Il avait trente quatre ans et cette lettre fut écrite la veille de son exécution à l’intention de son épouse Michelle. Réabilité en 1921, Jean est un des six « martyrs de Vingré »…

« 3 Décembre 1914, 11H30 du soir.

Ma chère bien aimée, c’est dans une grande détresse que je me mets à t’écrire, et si Dieu et la Sainte Vierge ne me viennent en aide, c’est pour la dernière fois, je suis dans une telle détresse et une telle douleur que je ne sais trouver tout ce que je voudrais pouvoir te dire. Je vois d’ici quand tu vas lire ces lignes, tout ce que tu vas souffrir ma pauvre amie qui m’es si chère, pardonne-moi tout ce que tu vas souffrir par moi. Je serais dans le désespoir complet si je n’avais pas la foi et la religion pour me soutenir dans ce moment terrible qui puisse exister pour moi, car je n’ai plus longtemps à vivre, à moins que Dieu par un miracle de sa bonté ne me vienne en aide. Je vais tâcher en quelques mots de te dire ma situation mais je ne sais si je pourrai, je ne m’en sens guère le courage.

Le 27 Novembre à la nuit, étant dans une tranchée face à l’ennemi, les Allemands nous ont surpris, et ont jeté la panique parmi nous, nous nous sommes retirés dans une tranchée arrière aussitôt, résulat: une dizaine de prisonniers à la compagnie dont un à mon escouade. pour cette faute nous avons passé aujourd’hui soir l’escouade au conseil de guerre, et Hélas! nous sommes six pour payer pour tous, je ne puis t’en expliquer d’avantage ma chère amie, je souffre trop. L’ami Darlet pourra mieux t’expliquer, j’ai la conscience tranquille et me soumets entièrement à la volonté de Dieu qui le veut ainsi; c’est ce qui me donne la force de pouvoir t’écrire ces mots, ma chère bien aimée, qui m’a rendu si heureux le temps que j’ai passé près de toi, et dont j’avais tant d’espoir de retrouver. [...] j’avais repris courage et t’ai écrit comme d’habitude mais ce soir, mais bien aimée, je ne puis trouver les mots pour te dire ma souffrance, tout me serait préférable à ma position, mais comme Dieu sur la Croix, je boirai jusqu’à la lie le calice de douleur.

Adieu, ma Michelle, adieu ma chérie, puisque c’est la volonté de Dieu de nous s »parer sur la terre, j’espère bien qu’il nous réunira au ciel, où je te donne rendez vous, l’aumônier ne me sera pas refusé et je me confierai bien sincèrement à lui, ce qui me fait le plus souffrir de tout, c’est le déshonneur pour toi,pour nos parents, pour nos familles, mais crois le bien ma chère bien aimée, sur notre amour, je ne crois pas avoir mérité ce châtiment, pas plus que mes malheureux camarades qui sont avec moi et ce sera la conscience en paix que je partirai devant Dieu à qui j’offre toutes mes peines et mes souffrances et me soumets entièrement à sa volonté. Il me reste encore un petit espoir d’être gracié, on bien petit, mais la Sainte Vierge est si bonne et si puissante et j’ai tant confiance en elle que je ne puis désespérer entièrement.

Notre Dame de Fourvière à qui j’avais promis que nous irions tous les deux en pelerinage, que nous ferions la communion dans son église et que nous donnerions cinq francs pour l’achèvement de sa basilique, Notre Dame de Lourdes que j’avais promis d’aller prier avec toi au prochaine pèlerinage dans son église pour demander à Dieu la force de persévérer dans la vie de bon chrétien, que je me proposais que nous mènerions tous les deux ensemble si je retournais près de toi, ne nous abandonneront pas si elles ne m’exaucent pas en cette vie, j’espère qu’elles m’exauceront en l’autre.Pardonne moi tout ce que tu vas souffrir par moi, ma bien aimée, toi que j’ai de plus cher sur la terre, toi que j’aurais voulu rendre si heureuse en vivant chrétiennement ensemble si j’étais retournée près de toi, sois bien courageuse, pratique bien la religion, va souvent à la communion.[...]

Garde moi un bon souvenir et ne m’oublie pas dans tes prières, tu me feras dire des messes, ceci à ta volonté,et tu prieras bien pour moi, je me voue à la miséricorde de Dieu et me mets sous la protection de la Saint Vierge dont je demande son secours de Notre Dame du Mont Carmel dont je porte le scapulaire que tu m’as donné et te donne rendez-vous au ciel où j’espère que Dieu nous réunira.

Au revoir là-haut , ma chère épouse

Jean. « 

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