Remodelage mental !

Remodelage mental !

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Alors que les concepts intellectuels d’une « révolution » différentialiste se sont mis en place sous l’impulsion de Claude  Lévi-Strauss, l’expérience historique du choc des civilisations infligeait un démenti catégorique à l’idéologie universaliste. Dans la même période, se produisait silencieusement un basculement culturel majeur en Europe, particulièrement en France. Un bref retour en arrière est nécessaire.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, s’étaient imposé en Europe les vues du communisme et celles du libéralisme américain. Elles se rejoignaient souvent dans leur matérialisme foncier, dans la négation des réalités ethniques ou nationales. Elles interprétaient tensions et conflits selon des critères exclusivement socio-économiques. Des générations de professeur, journalistes, hommes politiques et cadres dirigeants, ont été formées à penser le monde à travers la grille de la sociologie horizontale qui ne connaît que les individus, les classes sociales et les rapports économiques. C’est ainsi que, malgré un caractère ethnique évident, les conflits de la décolonisation ont été assimilés à une lutte des classes transposée à l’échelle mondiale. On ne voulait y voir que des révoltes d’exploités luttant contre des exploiteurs, des déshérités en guerre contre des abstractions maléfiques : le colonialisme et le capitalisme. Plus tard, lorsque la question de l’immigration afro-magrébine a donné naissance au phénomène de « jeunes » et des « banlieues », les augures n’ont cru y discerner de nouveau que la conséquence d’inégalités et de « tensions sociales » relevant d’un traitement économique par voie d’aides et de subventions. A l’heure ou cet essai est écrit, cette interprétation reste celle des médias et du pouvoir politique. Elle est pourtant devenue de moins en moins crédible dès lors qu’apparaissent des revendications explicitement communautaires, celles de l’islamisme ou d’autres appartenances ethniques.

Sur fond d’effondrement de l’idéologie des Lumières, les Européens et plus précisément les Français vivent de façon encore indistincte une révolution culturelle majeure qui a trois causes principales. En premier lieu, l’écroulement du communisme. Cette débâcle a commencé de ronger lentement les fondements intellectuels du matérialisme historique et de la sociologie horizontale issue du marxisme et des Lumières. Peu après a commencé aussi de se corrompre l’image du modèle américain. Simultanément, la réalité ethnique de l’immigration a conduit les spectateurs et les victimes de ce phénomène à chercher inconsciemment des explications plus crédibles que celles du « politiquement correct ». C’est ainsi que c’est développé peu à peu un processus de recomposition intellectuelle échappant complètement aux organes du pouvoir médiatique ou politique. Une partie toujours plus importante de l’opinion en est venue à interpréter les « questions de société » de l’immigration selon les catégories verticales, ethniques ou nationales, qui lui paraissent plus convaincantes que les autres. Contre un tel processus de remodelage mental, commandé par les réalités brûlantes (sauf pour les aveugles et pour les privilégiés), le vieux système universaliste révèle son impuissance et son obsolescence. On assiste ainsi à la naissance d’une révolution silencieuse de longue portée qui, nécessairement, devrait trouver un jour des traductions sociales et politiques.

Dominique Venner – Le siècle de 1914

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