RU486 : la Lega met les pieds dans le plat…

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RU486 : la Lega met les pieds dans le plat…et fait apparaître Villiers et Boutin pour ce qu’ils sont : des Tartuffe !

Villiers et Boutin : deux noms qui, en France, sonnent comme le “must” du catholique engagé en politique. Deux noms que l’on est bien en peine, pourtant, d’associer à une quelconque mesure ou prise de décision symbolique de l’attachement au Magistère. Et pourtant l’un comme l’autre ont été ministres et ont donc eu le pouvoir de laisser leur signature attachée à un acte promouvant l’enseignement de l’Église.

Villiers et Boutin ne sont, en réalité, que deux caricatures de politiciens utilisant le catholicisme – comme d’autres utilisent la classe ouvrière ou d’autres encore la nation – comme prétexte pour se reconstituer, quand c’est nécessaire, un fond de clientèle électorale ou militante (car les cathos, c’est bien connu, sont prompts à donner un peu de leur temps et de leur enthousiasme pour des causes perdues).

L’affaire de la récente affiche du festival Hellfest ne fait que confirmer cette dimension caricaturale de ces deux éminents représentants de la droite française : toujours à prendre position sur des sujets secondaires, sur un ton moralisateur, et se défilant toujours au dernier moment sur les questions essentielles (des grandes déclarations de l’un et de l’autre sur la bioéthique, que reste-t-il de concret ?).

Pendant ce temps, de l’autre côté des Alpes, le nouveau gouverneur de la région Piémont, Roberto Cota, par ailleurs président du groupe des députés Lega Nord, vient de créer l’événement en annonçant que sa première mesure serait de geler la distribution de la pilule abortive RU486. En dépit de l’opposition du Sénat italien, l’Agence des Médicaments (Aifa) est en effet passée en force pour autoriser sa distribution dans les hôpitaux. Or la gestion des hôpitaux est du ressort des régions, ce qui justifie pleinement la décision de Roberto Cota.

L’annonce de Roberto Cota a été suivie aussitôt de celle de son collègue Luca Zaia, nouveau gouverneur de la Vénétie. Cette double prise de position à contre-courant a déclenché une vive polémique, la gauche italienne tentant de profiter de l’occasion pour reprendre des couleurs après sa défaite de dimanche dernier et certains observateurs de la vie politique italienne jugeant que Cota et Zaia risquaient de braquer leur base électorale, souvent fâchée avec l’Église.

Du côté de l’Église, d’ailleurs, les réactions sont pour l’instant timides : si Mgr Fisichella, président de l’Académie pontificale pour la Vie, a complimenté les élus léghistes pour avoir mis en accord leurs actes avec leurs convictions, Radio Vatican et l’Osservatore Romano sont pour le moment restés discrets sur la question. Il faut dire que le catholicisme des Padans, vécu “con la pancia” (avec les tripes) selon une expression de Zaia, laisse souvent incertains les représentants du catholicisme dominant, celui du compromis et de la repentance.


Une leçon de politique, et pas seulement catholique

Reste que les deux élus de la Ligue du Nord viennent une nouvelle fois de donner une leçon de politique à leurs collègues de la majorité Berlusconi. Et notamment à ceux clairement perçus comme catholiques militants, à l’image de Roberto Formigoni, gouverneur de la Lombardie (la seule région de l’axe padan qui échappe encore à la Lega) et membre historique du mouvement Communion et Libération, la plus puissante organisation de laïcs italiens. Formigoni, qui à la différence de Cota et Zaia était déjà à la tête de la Lombardie avant les élections, n’a en effet pour l’instant rien envisagé pour bloquer la distribution de la pilule RU486, alors qu’il en a à plusieurs reprises critiqué la libéralisation.

Peut-être Formigoni emboîtera-t-il finalement le pas des gouverneurs léghistes, reste néanmoins qu’il a beaucoup de traits en commun avec nos Tartuffe nationaux : des paroles, des postures, mais pas de substance.

Quant à Cota et Zaia, ils nous démontrent, par leur cohérence, leur courage et leur art du contre-pied (on ne les attendait pas sur ce terrain-là), que l’engagement des catholiques en politique n’est pas forcément vain…

Guillaume Luyt, président de l’association Les Identitaires

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