Le franco-provençal: la langue de nos aïeux

Le franco-provençal: la langue de nos aïeux

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Le franco-provençal (que nous abrégerons ici FP), résulte de l’évolution du latin depuis le centre économique et politique qu’était Lyon (Lugdunum en latin), capitale des Gaules. La région a d’abord été latinisée à partir d’une langue proche du latin classique, comme dans la Gaule narbonnaise voisine, au sud (ce qui explique les points communs entre FP et occitan), puis à partir d’un latin plus populaire, diffusé lorsque Lyon fut le point de départ de la conquête de la Gaule du nord et de l’ouest, dite «Gaule chevelue».

L’aire linguistique du FP (que le linguiste suédois Bengt Hasselrot a appelée Francoprovençalie) correspond à une région qui, avec ses cols alpins, a été depuis longtemps un carrefour de grandes voies de communication (aujourd’hui encore, la densité ferroviaire et autoroutière y est impressionnante).

Elle s’étend sur tout ou une partie des régions historiques suivantes : Beaujolais, Bresse, Bugey, Dauphiné, Charolais, Dombes, Forez, Genève, Franche-Comté, Fribourg, Lyonnais, Mâconnais, Neuchâtel, Piémont, Savoie, Valais, Val-d’Aoste, Vaud.

Quant aux régions administratives françaises actuelles, il s’agit des deux-tiers nord de la région Rhône-Alpes (Ain, Savoie, Haute-Savoie, Isère, Rhône, Loire), des franges sud et est de la Saône-et-Loire, des deux-tiers sud du département du Jura et de la pointe méridionale du Doubs.
L’une des principales particularités du FP tient à l’évolution du « a » latin, tantôt resté « a », comme en occitan, tantôt devenu « é » (i, e) comme en français, après certains consonnes palatales (ch, j, y, gn). En français, on a des infinitifs en «-er» pour «chanter» et «changer», mais en FP, on trouve chantar d’une part, changiér de l’autre. On a également des féminins en –a ou en –e selon le cas: vèrda («verte»), mais blanche («blanche»).
Toute langue romane étant apparentée aux langues romanes voisines, on peut donc, selon le point de vue, rapprocher le FP des langues latines du sud de l’Europe : le –a final du latin rosa s’y est maintenu (rousa), alors qu’en français, il s’est transformé en un –e à peine prononcé («rose»). Par ailleurs, le FP a conservé le –o latin à la première personne du présent (chanto : «je chante»). Mais on peut aussi comparer le FP aux parlers du nord de la France, où le « t » de vita a également disparu (via en FP, «vie» en français).

Le FP a parfois été considéré comme un «proto-français» qui, après quelques siècles d’évolution parallèle avec les parlers du nord de la France, aurait refusé, à partir du VIIe ou IXe siècle, certaines évolutions adoptées dans le domaine d’oïl, dans la partie nord de la France. D’autres recherches en font une langue romane aussi ancienne que l’oïlique ou l’occitan. Quoi qu’il en soit, le FP, dont les frontières ont été précisées tout au long du XXe siècle, est maintenant unanimement considéré comme un groupe linguistique distinct.

C’est en 1873 que le linguiste Italien Graziadio-Isaïa Ascoli (1829 –1907) a identifié cette langue néo-latine et rédigé l’acte de naissance du franco-provençal, en se fondant sur cette double parenté. A l’époque le terme «provençal» s’appliquait à ce qu’on appelle aujourd’hui «occitan» (ce terme s’étant imposé par la suite). Pour Ascoli, ces parlers qu’il avait étudiés constituaient bien un groupe spécifique, et non un ensemble de parlers de transition entre les groupes d’oc et d’oïl (bien qu’à plusieurs égards, ils apparaissent plus proches de ce dernier). Mais le terme «franco-provençal», technique et peu inspirant, répondant à une logique surtout scientifique, n’a fait depuis que contribuer à la faible visibilité, académique ou sociale, du FP.

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