IDENTI-TERRE !

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La Terre, voilà ce qu’il y a de sacré. Cette Terre qui a nourri des centaines de générations avant la notre, et qui en nourrira certainement encore beaucoup d’autres, c’est elle que nous souhaitons défendre, et que nos aïeux ont toujours su aimer. Mais qu’en reste t-il aujourd’hui ? Est-ce que le citoyen noyé dans la surconsommation, le monde moderne et la vie urbaine, éprouve encore un peu de sentiment pour sa Terre ?

En 1910, 75% de la population active travaillait la Terre (vignes, légumes, fruits, élevages), et aujourd’hui, il n’en reste plus que 0,4%…Nous avons perdu l’axe central de notre enracinement. Nos racines, aussi bien spirituelles que physiques ont été coupées. Ce ne sont pas les mots de Pierre Priolet, arboriculteur auteur du livre « Les fruits de ma colère » aux éditions Robert Laffont, mais pourtant, c’est bien cela que l’on peut ressentir à la lecture de son livre.

Humiliés par la grande distribution, qui oblige les agriculteurs à vendre à perte, étranglés par la spéculation sur les denrées alimentaire (le capitalisme n’a pas de limite), ni le producteur, ni le consommateur parviennent à conserver leur dignité dans ce système fou. Le sens du travail et de l’abnégation, le sens de l’honneur, l’enracinement, voilà ce qu’est en train de détruire notre système pour lequel il n’est plus question d’éthique ou de justice, mais seulement de profit.

Nous invitons tous nos lecteurs qui n’ont pas oubliés que nous sommes tous des descendants d’ouvriers et de paysans, à lire le livre de Pierre Priolet. Il vous expliquera comment on essaye de se débarrasser des agriculteurs, comment on les méprises, comment on les ignore, et au final, comme ils meurent.

Extrait :

« Le plus grand évènement du XXème siècle, au-delà des massacres,  de la bombe atomique, de l’homme sur la Lune, eh bien c’est la fin de la ruralité dans les pays industrialisées. M.Serres expliquait qu’en France, par exemple, on est passé de 75% de paysans dans la population active en 1910, à 0,4% aujourd’hui. Un coup d’arrêt monumental à un mode de vie, à des références, à un rapport à la terre immémoriale. Il ajoutait, et cela m’a marqué, qu’en quelques décennies on a assisté mine de rien à la « fin du Néolithique ».

Cette réflexion m’a fait cogiter à mon tour. J’ai d’un coup fait le lien avec les milliers de signes d’encouragements que je reçois, avec la sympathie aussi que je perçois dans les réactions qui débordent largement la corporation agricole. Et pourquoi une telle ampleur ? Justement parce que tous ces gens que je convaincs mais qui ne travaillent pas la Terre, appartiennent à la dernière génération à avoir eu un grand-père paysan. Parents, grands-parents, selon leur générations, les Français ont encore un lien familial et donc sentimental avec la terre, des souvenirs de travail aux champs, de fête aux villages, de traites de vache ou de cueillettes l’été. En quelques années, un lien plusieurs fois centenaire a été rompu par la vie moderne, et ce lien saigne encore. Ainsi les gens se reconnaissent dans la langue que je parle.

On remarque cet attachement dans d’autres domaines que celui de ma lutte. Le succès de l’émission télévisée « L’amour est dans le pré » par exemple, me semble s’appuyer sur le même rapport de déracinement des Français, et leur attachement au souvenir d’une terre nourricière et généreuse. Alors, il y a des millions de téléspectateurs devant leurs écrans pour reprendre contact avec une vie aux champs un peu romancé à mon goût, mais peu importe, cet engouement est significatif, tout comme l’est celui qu’entraîne ma démarche. Je précise quand même que, à bien y regarder, cette émission montre aussi le mal qu’ont les agriculteurs à trouver une moitié. Visiblement la nostalgie qu’éprouve l’audience massive n’est pas assez forte pour dépasser les réticences que suscite la rudesse du travail à la ferme, les embûches que la grande distribution nous met en travers de la route et les dés pipés avec lesquels l’Europe et l’Etat nous font jouer. Le bonheur n’est plus dans le pré ! »

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