Que faire ? Par Frederic Pichon

Que faire ? Par Frederic Pichon

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Le diagnostic qui s’impose à un esprit un tant soit peu lucide est que le système dans lequel nous vivons est bloqué : Institutionnellement – Médiatiquement – Judiciairement.
Il existe certes quelques interstices dans lesquels des esprits libres peuvent se faufiler et être la voix de la conscience mais ces pôles de résistance sont marginaux. On est donc en droit de se demander si le système dans lequel nous vivons nous permet d’agir efficacement pour le bien commun. Peut-on efficacement utiliser les moyens que nous donne le système pour agir ?

Première partie : Le diagnostic

Trotski disait que « celui qui s’incline devant des règles établies par l’ennemi ne vaincra jamais ». De mauvais moyens ou des moyens viciés dés le départ, soit pervertissent la fin, soit ne permettent pas de l’atteindre.

En France, le moyen pour un citoyen de faire entendre sa voix est le vote. C’est le Parlement qui vote les lois. Quant au pouvoir exécutif incarné par le Chef de l’Etat, nul n’y accède s’il n’est soutenu par un appareil que l’on appelle un parti politique.

A / La thèse de Simone Weil (qui n’a rien à voir avec la féministe de la loi de 1974)

Pour la philosophe Simone Weil, les partis politiques sont intrinsèquement pervers(Référence : « Pour une suppression générale des partis politiques » écrit en 1943).
Ils sont des instruments partisans et de division, des machines à « fabriquer des passions collectives ». Ils divisent plutôt que de rechercher le bien commun. Ainsi, des hommes qui partagent des idées similaires vont se retrouver dans l’arène électorale les pires ennemis (par exemple la rivalité entre le MPF et le FN).
Ce sont des Dieux moloch qui sont eux-mêmes leur propre fin. Ce sont des idoles modernes. La finalité du parti est sa propre croissance. Non le service.
Ils impliquent une abdication de La vérité au nom de la démagogie de l’efficacité. Par exemple : l’avortement. Si ça n’est pas un thème porteur, on va le mettre de coté ou y renoncer. D’autre part, les partis institutionnels ne laissent pas de marge de manœuvre aux dissidents. Ex : le député Vaneste qui ne sera pas reconduit par l’UMP à la suite de ses propos sur l’homosexualité. Croire que l’on peut faire changer un parti de l’intérieur relève de l’illusion.
Cela n’empêche pas le lobbying mais il sera plus efficace dans ce cas là s’il est pratiqué en direction de députés élus dans une circonscription donnée et qui sentiront une intense pression au niveau local. Sur le plan national, il faut être un saint ou un héros pour préserver son âme pure dans un parti gouvernemental.

B / Considérations sur la thèse de Simone Weil

Ces considérations peuvent sembler manquer de réalisme et évincer toute perspective d’efficacité. En effet au nom d’une pureté angélique, il ne faudrait pas bannir l’efficacité. Il est même possible de concilier efficacité dans les affaires temporelles et éthiques. Des exemples de saint laïcs abondent (Saint Louis, Schumann, le Général de Sonis, Frederic Ozanam).
Il faut donc dans l’ordre pratique éviter à la fois l’intransigeance (l’affaire du drapeau blanc et de la restauration manquée), le cynisme et l’angélisme au nom d’une prétendue pureté.

Cependant, on ne doit jamais aller contre notre conscience et être prêt au martyr lorsque les fondamentaux sont menacés (ex : Thomas More face au roi d’Angleterre, le roi Baudouin face à l’avortement). Il y a dans ce cas, une obligation morale de résister au système et d’être le grain de sable dans la mécanique du mensonge.

Pour conclure, on peut boucher certains interstices dans ce système, tenir notre place, si cela est possible, y compris dans un parti – sous certaines réserves – mais en sachant que cette action sera toujours limitée à un témoignage personnel. La dérive des prêtres ouvriers qui ont été convertis au marxisme montre que cela est périlleux. Il faut être plus ambitieux que d’apporter un simple supplément d’âme.

Il faut donc songer à une alternative à ces moyens.

Deuxième partie: Jalons pour une société nouvelle

« Penser globalement, agir localement. » Il faut à la fois avoir une vision d’ensemble, généraliste, globale et être capable d’agir dans différents milieux et localement.

Charité n’a pas d’heure

Ce n’est pas demain « quand nous serons au pouvoir » que l’on commencera à faire de la politique. La politique ne peut se réduire à la conquête du pouvoir. Sinon on sera toujours déçu. Il faut se convaincre que l’action associative, humaine, concrète a une valeur en soi et même un poids dans l’éternité.

En France, on est incapable d’appréhender la politique en dehors de l’Etat en raison de plusieurs siècles de centralisme jacobin. Or, il y a d’autres niveaux d’action.

Cependant, si les actions locales doivent être encouragées, il y a des mécanismes ( avortement , mondialisation, immigration) qui ne peuvent être combattus que par une grande politique au sens généraliste qui implique l’exercice de la puissance. On pourra aider les femmes à ne pas avorter par une proximité sociale et caritative mais cela n’empêchera pas le rouleau compresseur de la loi sur l’IVG. De même l’immigration ne peut être régulée que dans le cadre d’une politique globale de co-développement et d’alternative à la migration. Or, il faut être ambitieux. Il faut donc agir au niveau local ou l’on peut obtenir des actions concrètes rapidement et au niveau étatique voire européen à plus long terme.

Les scénarios possibles

Ces scénarios ne sont pas limitatifs. Je cite des exemples qui ont réussi (je ne parlerai donc par de la chouannerie malgré la sympathie qu’elle nous inspire) :

Le scénario de l’effondrement de l’Empire romain.

Des élites chrétiennes autour de communautés fortes vont prendre la relève ( St Germain d’Auxerre) d’un pouvoir en décomposition.

Cela suppose de préparer l’avenir et d’avoir des hommes prêts et compétents pour prendre la relève ( par exemple un shadow cabinet).

La résistance à un système de plus en plus totalitaire ( Solidarnosc)

Le succès de Solidarnosc tient à deux facteurs importants : le soutien de l’église et la capacité de Walesa de s’entourer d’hommes différents.

Pour le soutien de l’Eglise en France, la configuration n’est pas la même ( tiédeur gallicane !) mais il serait bon de pousser les contacts avec les évêques de bonne volonté.

De plus, le totalitarisme de ce système est plus insidieux que le totalitarisme soviétique. Il mise sur la tyrannie du confort, les mass média. Il importe d’être à la pointe du combat pour les libertés et notamment la liberté de parole ( lois contre l’homo phobie qui restreignent la possibilité de dire la vérité).

Quant au deuxième point, il faut être prêt à travailler avec tous les hommes de bonne volonté et dépasser les clivages partisans: ces hommes existent !

Le lobbying :

c’est la voie des conservateurs américains en matière de morale. Cependant ils ont fait des compromis difficilement admissibles sur certains points avec les néo-conservateurs ( en matière de géopolitique) et les libertariens en matière économique. De plus, le poids de l’idéologie est plus forte en France. Toutefois, la voie du lobbying ne doit pas être abandonnée et elle peut porter du fruit ponctuellement sur des sujets thématiques (contacter votre député sur l’homoparentalité).

Pour conclure :

Tout cela va-t-il s’organiser spontanément ? Non. Certes l’esprit saint est à l’œuvre et il faut être à l’écoute. Cependant, nous sommes dans le domaine politique ou son action est généralement indirecte.

Je suggère donc que l’on songe à un mouvement ( et non un parti) politique structuré d’inspiration chrétienne qui soit le fer de lance du combat général qui s’impose de manière hégémonique, par la force des choses, et qui coordonne de manière respectueuse les différentes actions parcellaires. En substance un ICHTUS plus généraliste et tournée vers une action directe et non plus seulement indirecte (faire des réseaux professionnels ou chacun agit dans son milieu, ce qui est très bien) avec un appareil de cadres et une cinquantaine de militants formés et dévoués.

L’avenir est donc dans une vision globale continentale. Il faut penser en termes d’Europe et de civilisation car les symptômes qui touchent la France affectent tous les pays d’Europe, en termes de communautés face à l’individualisme croissant, et en termes de réseaux. Ce qui se résume en trois concepts :

COMMUNAUTES – RESEAUX – CONTINENT

L’essor de la chrétienté au moyen âge est partie de communautés fortes, imbriquées les unes dans les autres, qui ont rayonné au point de constituer une civilisation cohérente… Cela suppose d’y croire.

Isaïe ne disait-il pas : « Cela qui ne croit pas ne subsistera pas ». Et Dieu, si nous l’écoutons, n’est-il pas avec nous ?

Frederic PICHON

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