La fin de l’Homo œconomicus ?

La fin de l’Homo œconomicus ?

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Quelles que soient les périphrases convenables et les déclarations autorisées, le fait est que nous assistons en direct à l’effondrement d’un système de vérité, celui-là même que le régime libéral des marchés financiers avait substitué à tout autre depuis la fin des années 1970 et le triomphe achevé de Margaret Tatcher et Ronald Regan. Triomphe sanctionné par le ralliement des socialistes français à la rigueur à partir de 1982, par l’alignement de l’Europe de Jacques Delors sur l’idéologie libre-échangiste et mondialiste ensuite, par l’effondrement de l’URSS enfin.

Ce système de vérité était simple: le marché a toujours raison ; le marché produit la seule référence de prix qui ait valeur universelle ; la croissance mesurée par le PIB est le Progrès ; chacun a sa place en Bourse ; la privatisation est la condition suffisante de l’efficacité économique ; la mobilité des hommes, des capitaux, des biens et des services est le moyen de la justice universelle ; l’abondance matérielle assure la démocratie, la paix, le désarmement des passions.

En quelques mois, en peu d’années, l’effondrement des conventions de la société de marché est vertigineux. Le cadre intellectuel et moral de la mondialisation, structuré par la primauté de l’économie financière, ordonné à l’idéal de la croissance sans limites et la réduction de l’être au nombre, explose sans que rien à ce jour ne le remplace. Les investissements, les entreprises, comme les Etats et chacun de nous se trouvent brutalement privés des seuls conventions qui subsistaient, après la dissolution de tant de repères sociaux et des structures collectives : les conventions de prix.

Qui peut s’étonner si le doute s’empare des plus assurés.

 

Hervé Juvin

Le renversement du monde – Politique de la crise

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