Anticipation : Le futur, c’est maintenant !

Anticipation : Le futur, c’est maintenant !

Facebook0Twitter0Google+0Emailtumblr

« Pour la première fois, je commençai à concevoir une conséquence bizarre de l’effort social où nous sommes actuellement engagés. Et cependant, remarquez-le, c’est une conséquence assez logique.[…] L’œuvre d’amélioration des conditions de l’existence – le vrai progrès civilisant qui assure de plus en plus le confort et diminue l’inquiétude de la vie – était tranquillement arrivée à son point culminant. Les triomphes de l’humanité unie sur la nature s’étaient succédés sans cesse. Des choses qui ne sont, à notre époque, que des rêves étaient devenues des réalités. Et ce que je voyais en étaient les fruits ! »

H.G.Wells

Cette citation seule illustre quasiment parfaitement ce dont cet article va parler : l’anticipation. Voici ce que nous dit Wikipédia à ce propos :

L’anticipation correspond à un genre littéraire et cinématographique lié à la science-fiction, regroupant des œuvres dont l’action se déroule dans un futur proche ou hypothétique.

L’anticipation est donc une vision du futur particulière, la plupart du temps inspirée par les faits de société du présent. Ce futur peut être proche (« 1984″, qui a été écrit en 1948), indatable (632 de Notre Ford dans « Le Meilleur des Mondes ») ou éloigné (802 701).

La citation de H.G.Wells ci-dessus est suffisamment explicite : dans « La Machine à Explorer le Temps », le personnage principal se retrouve projeté de 1895 jusqu’à l’an 802 701, durée extrêmement longue pendant laquelle les changements visibles dans la société de l’époque avaient pu évoluer jusqu’à l’extrême, jusqu’à la déchéance. Dans ce roman, les Eloïs vivent à la surface et les Morlock sous terre, représentant les conséquences de « L’œuvre d’amélioration des conditions de l’existence » pour la classe supérieure, au détriment des prolétaires, à l’époque à laquelle le roman a été écrit.

On peut également séparer ce genre en deux sous-domaines : les utopies, et les dystopies. Il semblerait toutefois que la majorité des utopies décrites soient en réalité des façades de dystopies : Dans beaucoup de romans et films d’anticipation, la société future décrite est une conséquence d’un effort d’amélioration d’une société qui tendrait à la rendre utopique. Pourtant, quel que soit le moyen utilisé, aucune solution ne semble bonne. On peut citer par exemple « Le Meilleur des Mondes » d’Aldous Huxley, et le film « Bienvenue à Gattaca », qui traitent tout les deux du sujet de contrôle génétique au niveau des naissances, de deux manières différentes. Le but premier étant bien sûr de « faciliter » le processus de création et l’insertion dans la société. Dans le film « Bienvenue à Gattaca », les parents ont la possibilité de choisir les caractéristiques de leur enfant (sexe, capacités, …), ce qui fait de la plupart des gens des humains parfaits, et de ceux qui restent des enfants que les parents ont choisi d’avoir naturellement, et qui subiront toujours une discrimination puisque les gens sont sélectionnés selon leur « profil génétique ». Dans « Le Meilleur des Mondes », les humains sont créés en laboratoire, avec des caractéristiques dépendant de leur classe sociale future, et conditionnés dès le stade embryonnaire à accomplir leur tâche. Dans ces deux cas, aucune liberté n’est laissée à l’individu quant à sa destinée.

On retrouve le thème du contrôle dans beaucoup de romans d’anticipation dystopiques : contrôle génétique, contrôle des émotions, des faits et gestes de la population, etc. Dans « Fahrenheit 451″ (de Ray Bradbury), la littérature est bannie et tous les livres doivent être brûlés, au profit de télévisions gigantesques qui remplacent les conventions sociales, et qui diffusent le seul modèle de pensée et de comportement valide. Dans « 1984″ de George Orwell, le célèbre Big Brother est le symbole d’un état totalitaire qui a la main-mise sur tout et à qui rien n’échappe, supprimant du même coup toute liberté.

Mais quel que soit le type de contrôle exercé dans ces différentes oeuvres, le moteur qui permet à ces sociétés de fonctionner est le contrôle de l’information. En 1938, Orwell écrivait :

 « Je me rappelle avoir dit un jour à Arthur Koestler : « L’histoire s’est arrêtée en 1936″, ce à quoi il a immédiatement acquiescé d’un hochement de tête. Nous pensions tous les deux au totalitarisme en général, mais plus particulièrement à la guerre civile espagnole. En Espagne, pour la première fois, j’ai vu des articles de journaux qui n’avaient aucun rapport avec les faits, ni même l’allure d’un mensonge ordinaire. J’ai lu des articles faisant état de grandes batailles alors qu’il n’y avait eu aucun combat et des silences complets lorsque des centaines d’hommes avaient été tués. J’ai vu des soldats qui avaient bravement combattu être dénoncés comme des lâches et des traîtres, et d’autres, qui n’avaient jamais tiré un coup de fusil, proclamés comme les héros de victoires imaginaires. Ce genre de choses me terrifie, parce qu’il me donne l’impression que la notion même de vérité objective est en train de disparaître de ce monde. À toutes fins utiles, le mensonge sera devenu vérité. L’aboutissement implicite de ce mode de pensée est un monde cauchemardesque dans lequel le Chef, ou quelque clique dirigeante, contrôle non seulement l’avenir, mais le passé. Si le Chef dit de tel événement qu’il ne s’est jamais produit, alors il ne s’est jamais produit. S’il dit que deux et deux font cinq alors deux et deux font cinq. Cette perspective m’effraie beaucoup plus que les bombes. »
George Orwell

10 ans plus tard, il écrivait « 1984″.
Le contrôle de l’information est la meilleure arme du totalitarisme, puisqu’il permet de faire dire ce que l’on veut à l’actualité et à l’histoire. Ainsi, beaucoup de ces oeuvres se déroulent dans une société où notre histoire a été soit effacée, soit remplacée : Dans « Le Meilleur des Mondes », l’enseignement de l’histoire est jugé inutile, et donc est inconnu de la majorité de la population, dans « 1984″, le passé est truqué à base de faux témoignages, et de propagande. Ceci n’est bien sûr pas sans rappeler le système soviétique de l’époque dont l’auteur s’est fortement inspiré, ainsi que toutes les autres formes de totalitarisme.

Ainsi, comme dit précédemment, l’anticipation est très souvent une représentation des conséquences d’un évènement ou d’une évolution particulière à une époque donnée, et donc toujours inspirée de faits réels. Outre le totalitarisme, le contrôle génétique critique ouvertement la présence des fois un peu excessive de la science dans certains domaines (particulièrement lorsqu’elle est une entrave au déroulement naturel des choses). On retrouve également régulièrement le thème de la dépendance qu’on peut avoir, ou surtout qu’on a acquis malgré nous, vis à vis de choses comme par exemple la télévision au détriment des livres (« Fahrenheit 451″) ou l’électricité au détriment de tout le reste (« Ravage », de René Barjavel où une coupure totale et définitive d’électricité plonge le monde dans le chaos).

 Tout cela [...] est notre faute. Les hommes ont libéré les forces terribles que la nature tenait enfermées avec précaution. Ils ont cru s’en rendre maîtres. Ils ont nommé cela le Progrès. C’est un progrès accéléré vers la mort. Ils emploient pendant quelque temps ces forces pour construire, puis un beau jour, parce que les hommes sont des hommes, c’est-à-dire des êtres chez qui le mal domine le bien, parce que le progrès moral de ces hommes est loin d’avoir été aussi rapide que le progrès de leur science, ils tournent celle-ci vers la destruction.
René Barjavel

Alors, est-ce vraiment de la science-fiction ? Des équivalents de Big Brother n’existent-t-ils pas déjà ? N’a-t-on pas déjà abandonné les livres pour croire absolument tout ce qu’on dit à la télévision ? N’a-t-on pas déjà lu plusieurs versions différentes d’un fait d’actualité ? N’y a-t-il pas des légumes OGM dans nos assiettes ? Que ferions-nous sans électricité ?

Non, ce n’est pas de la science-fiction mais de l’anticipation : une prévision possible du futur. À cela, il n’y a qu’une seule conclusion possible : le futur, c’est maintenant !

 

Facebook0Twitter0Google+0Emailtumblr