1793 : Lyon ville d’insoumis !

1793 : Lyon ville d’insoumis !

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Plus de 200 ans après la révolution française de 1789, quelle place devons nous donner aux 3500 victimes lyonnaises, « les fusillés pour l’exemple », les oubliés de l’Histoire, ces fédéralistes qui ont voulu sauver leur caractère, la spécificité de leur ville ?
Aujourd’hui encore on ne peut songer à leur martyre sans frémir d’émotion. Relisons l’Histoire…

Le 12 octobre 1793, la Convention prend un décret prescrivant la destruction pure et simple de Lyon , deuxième ville de France. « La ville de Lyon sera détruite. Tout de qui fut habité par les riches sera démoli. Il ne restera que la maison du pauvre. Le nom de Lyon sera effacé du tableau des villes de la République elle portera désormais le nom de « ville affranchie ». »

Mais de quel crime Lyon s’est il rendu coupable pour encourir pareilles foudres de la Convention ?

siegelyonEn 1789 Lyon accueille favorablement la Révolution. Lyon, qui fait figure à cette époque de l’une des villes industrielles les plus importantes de France, est peuplé d’une multitude d’ouvriers qui sont prêts à adhérer aux réformes révolutionnaires. Lyon est aussi fédéraliste et tient aux privilèges acquis, à la gestion particulière de sa ville. Des clans se forment. Celui des jacobins, avec à sa tête Chalier, ancien prêtre, qui a fait de la Révolution sa nouvelle religion. Par ses écrits ils enflamment les artisans et les ouvriers qui le vénèrent, tandis que la bourgeoisie royaliste l’exècre devinant en lui un homme plus dangereux que n’importe lequel des jacobins.
Lors d’une émeute il est arrêté, et au cours d’une procédure accélérée, le Conseil de Lyon le condamne à mort. Il est guillotiné place des Terreaux. Voilà un martyr qui va crier vengeance.

La Convention qui avait essayé en vain de le sauver, est au comble de l’indignation. Elle n’en a pas encore fini avec cette ville rebelle.
C’est le grand mouvement fédéraliste qui embrase tout. On fait le serment de mourir plutôt que de céder. Dès lors le Lyon des Girondins qui était républicain, est obligé dans sa lutte contre la Convention, de s’allier avec les contre révolutionnaires royalistes.

La ville lève une armée pour affronter l’armée de la République qui l’assiège et qui déclenche un bombardement terrible qui fait de nombreuses victimes. C’est la défaite et la capitulation. A la Convention on jubile, on se congratule, c’est un grand moment de joie républicaine. Cette république, championne des droits de l’homme, ne sera pas clémente envers les lyonnais, il y a Chalier à venger. C’est alors qu’elle édicte le sinistre décret cité en introduction.

massacres_lyonCouthon (l’ami de Robespierre) est chargé de l’exécution du décret. Arrivé à Lyon, sur la place Bellecour, il frappe d’un marteau d’argent les bâtiments symboliques qui seront détruits. Il annonce la création de tribunaux implacables, les prisons de remplissent et les exécutions suivent mais assez modérément. Couthon était il gêné d’avoir à se comporter en vandale, ou pense-t-il comme Groslez que « faire tomber deux ou trois mille têtes ne changeront rien à l’esprit des lyonnais, mauvaise race ! »  » Les lyonnais ne se livrent pas si facilement aux étrangers ». Ils se sont forgés une âme au cours de leur longue histoire. Mystique et réaliste à la foi, elle est un amalgame de leurs gènes héréditaires celtes et romains. Lyon hantée de spiritualité, et qui dans le même temps déborde d’activité dans ses affaires.

Couthon jugé trop mou est rappelé à Paris, il est remplacé par Collot d’Herbois (ancien acteur sifflé à Lyon) lui-même accompagné de Fouché.
Les exécutions se multiplient, la guillotine est placée de façon permanente place des Terreaux, mais elle est jugé trop lente aux yeux de Fouché, qui a un plan beaucoup plus expéditif et plus humanitaire d’après lui.

C’est alors que le 4 décembre 1793, quelques 69 jeunes gens sont sortis des prisons et emmenés dans la plaine des marrais des Brotteaux. Ils sont exécutés par les canons puis ensevelis dans une fosse creusée pour l’occasion. Le lendemain ce sont 309 nouvelles exécutions qui ont lieu. Plus les jours passent et moins on prend le temps de creuser des fausses. Les cadavres sont jetés dans le Rhône, ils serviront d’exemple pour les villes rebelles tout au long du fleuve.

de_ley10Le bruit du massacre se répand partout, et des protestations se font entendre au sein même de la Convention. Mais il y avait aussi les cyniques, comme cet adjoint de Fouché : « combien de coquins ont ce jour-là mordu la poussière dans l’arène des Brotteaux. Quel ciment pour la république ! ».

Après les hommes, c’est au tour des bâtiments, les célèbres maisons de la place Bellecour sont les premières visées.

Le 6 Avril 1794, Fouché est sommé de retourner à Paris pour s’expliquer de son action en terre lyonnaise. Le Bilan ? 3500 exécutions en trois mois, qui dit mieux ?
La liste des fusillés (en illlustration) : 94 aristocrates, 103 prêtres, 61 militaires, 183 ouvriers en soie et bien entendu toutes sortes de professions, c’est tout le peuple lyonnais qui a été meurtri par ce massacre, pour la gloire de la République.

Une chapelle commémorative dite des chartreux a été élevée sur le lieu des massacres des Brotteaux, dans laquelle figure la trop longue liste des lyonnais assassinés par la République entre la fin de l’année 1793 et le début de l’année 1794.

Ces évènements historiques soulignent l’insoumission de toute une ville face à l’état jacobin. Cette insoumission est le fruit de la volonté de conserver les spécificités lyonnaises de l’époque. C’est un formidable exemple de courage et d’abnégation !

1793 : LYON VILLE D’INSOUMIS !!

rédaction : Rebeyne! + article Historia de Rolande Jolivet

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