L’amour de la terre chez les écrivains français

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L’amour de la terre chez les écrivains français

 

Chanter la terre de ses pères, la beauté des paysages de son enfance, les allées de chênes ombragées qui sentent bon la pluie ou les collines de Provence bruissantes de cigale, de nombreux écrivains français l’ont fait. Car y a-t-il d’éloges plus nobles à prononcer que ceux de son pays ?

A travers les horizons de la littérature française, c’est des paysages de la France entière que nous découvrons au fil des pages, et c’est un modeste aperçu de cette richesse que nous voudrions vous présenter…

Comment procéder ? Présenter par région ? Par ordre chronologique ? Peu importe, la beauté du paysage restera la même.

Lorsque je songe aux « écrivains de la terre », mes pensées s’envolent souvent vers le soleil riant du Midi, vers celui que l’on appelle le Voyageur Immobile, celui qui de sa plume savait créer un monde plein de nuances et de couleurs, Jean Giono. Regain (1930) est une ode à la terre sauvage et aux blés moissonnés, l’histoire d’un homme, Panturle qui par la force de sa volonté, de ses bras et l’amour de sa femme ressuscite le village déserté d’Aubignane.

Ce matin, c’est le grand gel et le silence. C’est le silence, mais le vent n’est pas bien mort; il ondule encore un peu; il bat encore un peu de la queue contre le ciel dur. Il n’y a pas encore de soleil. Le ciel est vide; le ciel est tout gelé comme un linge étendu.

Un autre de ces grands poètes de la terre, enfant de la Provence, est Frédéric Mistral. Troubadour des temps modernes, il lutte sa vie durant pour défendre la culture de sa terre ; en 1854 il fonde le Félibrige afin de réhabiliter la langue d’oc. Son œuvre principale, Mireille (1859), épopée en 12 chants rédigée en provençal, raconte l’histoire d’une jeune fille de Provence…

Cante uno chato de Prouvènço,
Dins lis amour de sa jouvènço,
A través de la Crau, vers la mar, dins li blad,
Umble escoulan dóu grand Oumèro, iéu la vole segui.

Je chante une jeune fille de Provence,
Dans les amours de sa jeunesse,
À travers la Crau, vers la mer, dans les blés,
Humble élève du grand Homère, je veux la suivre.

Mais le Sud n’a pas l’apanage des poètes amoureux de leur terre. C’est un sentiment ancré au cœur de chacun et nombreux sont ceux à l’avoir confié par écrit aux générations à venir.
Ainsi, Joachim du Bellay, poète du XVIème siècle, composa lors de son séjour à Rome un recueil de sonnets intitulé Les Regrets (1558) dans lequel il évoque avec nostalgie la France et la peine qu’il éprouve à vivre loin d’elle.

Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine :

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l’air marin la douceur angevine.

Sonnet 31

De même Alphonse de Lamartine, au cours de ses nombreuses pérégrinations, a toujours gardé en son cœur le souvenir et l’amour de la maison de son enfance, tel qu’il l’écrit dans « Milly ou la Terre Natale » (1826)

Murs noircis par les ans, coteaux, sentier rapide,
Fontaine où les pasteurs accroupis tour à tour
Attendaient goutte à goutte une eau rare et limpide,
Et, leur urne à la main, s’entretenaient du jour,

Chaumière où du foyer étincelait la flamme,
Toit que le pèlerin aimait à voir fumer,
Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?…

Et puisque la poésie est comme le chant de l’âme, évoquons ici la douce et agile mélodie des fifres, qui dans l’obscurité qui s’étend sur les plaines et les forêts, fait revivre l’âme fière et immortelle des hommes de la terre.

Ces vieux airs du pays, au doux rythme obsesseur,
Dont chaque note est comme une petite sœur,
Dans lesquels restent pris des sons de voix aimées,
Ces airs dont la lenteur est celle des fumées
Que le hameau natal exhale de ses toits,
Ces airs dont la musique a l’air d’être un patois!…

Ecoutez, les Gascons… Ce n’est plus, sous ses doigts,
Le fifre aigu des camps, c’est la flûte des bois!
Ce n’est plus le sifflet du combat, sous ses lèvres,
C’est le lent galoubet de nos meneurs de chèvres!…
Ecoutez… C’est le val, la lande, la forêt,
Le petit pâtre brun sous son rouge béret,
C’est la verte douceur des soirs sur la Dordogne,
Ecoutez, les Gascons: c’est la Gascogne!

Cyrano de Bergerac, Acte III – Edmond Rostand (1897)

Il est temps d’achever ce voyage au cœur de notre terre, si bien chantée par nos poètes et nos écrivains. Mais il suffit d’ouvrir un livre, de parcourir ses pages jaunies pour retrouver la senteur fraîche des sous-bois, la caresse du soleil sur la peau ou le bruit de la pluie sur les feuilles des arbres. Aimer sa terre, c’est la sentir dans ses mains, mais aussi dans son cœur. C’est aussi par les livres que nous apprendrons à la connaître. A nous de découvrir et de nous approprier cet immense héritage culturel, ce chant ancestral de la terre de nos pères.

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